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jeudi 26 avril 2012

La force du vin aux Etats-Unis ne peut laisser indifférent...


Dès le mois de janvier dernier, 2012 s’annonçait déjà, aux Etats-Unis, comme une année où les consommateurs seraient à l’honneur.

A la lecture du bilan 2011 des ventes de vins aux Etats-Unis, communiqué par le Wine Institute le 22 mars dernier, on ne peut que constater qu’ils sont effectivement le moteur de cette croissance.

Wine Institute
L’année 2011 a en effet confirmé ce que beaucoup prévoyaient. Ainsi, suite à dix-huit années consécutives de croissance en volume, le marché américain tient désormais une place enviée sur la scène internationale. Avec l’équivalent de 4,164 milliards de bouteilles vendues, en hausse de 5,3% par rapport à l’an passé, le vin aux Etats-Unis continue de voir la vie en rose et les vins de Californie, en particulier, qui détiennent 61% du marché.

Wine Institute
Comme nous avions déjà pu le voir sur les marchés exports, la performance des vins américains, et de Californie, en particulier, se confirme sur leur propre territoire. Les ventes de vins californiens aux Etats-Unis ont ainsi progressé de 5,6% en volume pour atteindre  l’équivalent de plus de 2,5 milliards de bouteilles pour une valeur estimée à 19,9 milliards de dollars.

O'Brien's Market, Modesto, Californie
Nous savions le système de distribution des vins aux Etats-Unis complexe et leur libre circulation sur ce marché loin d’être effective. Il semblerait toutefois que les choses avancent dans le bon sens. De nombreux opérateurs saisissent ainsi de nouvelles opportunités dans la vente directe, notamment, le nombre d’Etats acceptant ce type de transaction étant désormais étendu à 39. 


Les nouvelles technologies d’Internet, les réseaux sociaux mais aussi celles développées pour les mobiles, ont également joué un rôle important. Le vin est désormais accessible à tous et partout, il se démocratise davantage.

Central Coast, Mars 2012
Si l’on regarde plus en détail du côté des canaux de distribution, la vente de vin en restauration semble avoir retrouvé des couleurs même si la grande distribution continue à dominer le marché. Sur ce dernier segment, selon l’agence AC Nielsen, les ventes de vins ont ainsi progressé de 2% en volume et de près de 4% en valeur. Les vins de Californie et en provenance d’autres Etats américains étaient quant à eux en progression de 4% en volume lorsque les vins importés reculaient de 1%.

Parmi les catégories de vins vendus, on retrouve en tête les vins de table (vins tranquilles inférieurs ou égaux à 14% alc), en progression de près de 5%. Ils sont suivis par les vins dits de dessert (vins tranquilles supérieurs à 14% alc.), en progression de plus de 4% puis par les vins effervescents et Champagne qui, bien que ne représentant que près de 5% du marché, ont enregistré la plus forte progression à plus de 13%. 

Alta Maria Vineyards, Mars 2012
Concernant les caractéristiques des vins vendus en 2011, on retrouve en tête les vins de cépages Chardonnay, Cabernet Sauvignon, Merlot, qui restent ou redeviennent populaires, pour le dernier, quand d’autres ont connu une progression impressionnante comme les véritables phénomènes que sont devenus le Moscato, les "Sweet Red" (à base de Syrah, Zinfandel et Merlot, notamment) et autres vins sucrés, mais aussi le Malbec, le Pinot Noir ou encore les vins rouges d’assemblage, de style Bordeaux.



On est aussi revenu sur les vins boisés, riches en alcool, pour une utilisation plus neutre du bois afin de préserver, retrouver les arômes identitaires des cépages, pour des vins plus naturels.

Le mot terroir est en effet de plus en plus utilisé, non plus à des fins que l’on pouvait penser commerciales mais bel et bien car cette notion commence à prendre tout son sens dans le vignoble de Californie, comme c’est aussi le cas de leurs noms d’appellations, même si l’usurpation de certaines reste encore d’actualité.

Taste of Lodi, Septembre 2010
L’industrie du vin aux Etats-Unis a ainsi compris, et ce depuis de nombreuses années maintenant, que c’est en offrant :
-De la diversité, tant au niveau gustatif que du packaging,
-Du ludique et de l'accessibilité par un oenotourisme développé et des évènements nombreux et adaptés,
-Des outils de communication originaux et des messages ciblés,
tout en restant à l’écoute de ses consommateurs, que nous savons ici aventureux par nature et extrêmes dans leurs choix parfois, que ceux-ci se tourneront sur le vin plutôt que sur d’autres boissons.


Chimney Rock, Napa, Mars 2012


Même si les recommandations restent importantes (les systèmes de notations, les critiques, les enchères,...), c’est bien la caution des consommateurs qui est ici recherchée dans un pays qui n’était pas traditionnellement consommateur de vin. 



Ce message me permet ainsi de clôturer cette immersion de près de deux ans en Californie en vous faisant partager ce bilan 2011 qui annonce des années à venir encore riches, à tous points de vue, pour le vin aussi bien dans les pays du "Nouveau Monde" qu’au sein des pays traditionnellement producteurs. 

Le marché américain est un marché complexe, au rythme soutenu, qui pour l’appréhender nécessite d’y consacrer du temps. Le dénigrer serait, de mon point de vue, une grossière erreur, d’autant qu’il leur faudra, dans les années qui viennent, trouver de nouveaux débouchés afin de pouvoir répondre à une demande croissante et dynamique. 

Les Etats-Unis et la Californie, en particulier : une source d’inspiration pour certains, obsolète pour d’autres, pour sûr, personne n’y est indifférent. 

Cet Etat restera, pour ma part, l’endroit où le vin peut s’exprimer et se vivre avec passion !

lundi 19 mars 2012

Vers une rareté des vins californiens ?

Comme le soulignait le rapport de Vineyard & Winery Management, dans son édition de janvier-février dernier, la vendange 2011 en Californie fut, pour la plupart, un véritable challenge. Des conditions climatiques difficiles, des pluies et des gelées tardives, notamment, laissaient présager un volume de récolte en baisse.


Lendemain de dégât de gel - Vignoble de Paso Robles
Octobre 2011
Suite à la publication du bulletin final de la récolte 2011, en date du 9 mars dernier par l’USDA, United States Department of Agriculture, cela s’est effectivement confirmé.

Le volume total de raisins pressés, toutes catégories confondues, s’est ainsi élevé à l'équivalent de 3 513  718 tonnes métriques, en baisse de 3% par rapport à l’année précédente. Cette baisse a été d’autant plus importante si l’on s’intéresse au volume de raisins destinés à la production de vin, comptant pour l'équivalent de 3 035 729 tonnes métriques, soient plus de 86% du total, qui a chuté de plus 6% par rapport à l’année 2010.


Source : Final Grape Crush Report 2011 - USDA
Baisse de la quantité de récolte mais augmentation du prix de la tonne qui, toutes catégories confondues, s’est envolé de plus de 8% et de près de 11% si l’on considère les variétés destinées à la production de vin.

La variabilité de ces prix est ainsi fonction du cépage considéré. Ainsi, une tonne de Chardonnay s'est évaluée à 753,95 dollars (en hausse de 5%), celle de Cabernet Sauvignon à  1 153,89 dollars (en hausse de 12%), de Zinfandel à 560,31 dollars (en hausse de 27%), alors que celle de Merlot était à 692,55 dollars (en hausse de 13%).
Ces prix varient également de façon importante par districts. Ainsi, le prix moyen par tonne a été le plus élevé sur le district 4 (Comté de Napa)  pour atteindre 3 389,82 dollars, en hausse de 5% par rapport à 2010. Le second prix moyen par tonne a été attribué au district 3 (Comtés de Sonoma et Marin) qui a atteint 2 083,08 dollars, en hausse de 4% par rapport à 2010. A l'inverse, le district 13, correspondant au sud de la vallée centrale, davantage orientée sur le volume et dont a été issue la plus grosse part de la récolte, plus de 38%, il n'était que de 326,76 dollars.

Ce qui pourrait donner le sourire à certains annonce, en fin de compte, un horizon pas vraiment serein.

En effet, on se doute bien que les américains, aujourd’hui leaders de la consommation mondiale de vin en volume pour une consommation par an et par habitant d'environ 12 litres, ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin.
Par conséquent, des années de ce type mettent une pression supplémentaire sur l’industrie, dont les niveaux de stocks n’ont jamais été aussi bas, pour trouver des raisins de qualité et à bons prix. Il faut ajouter à cela que depuis 2006, la progression du vignoble de Californie s’est ralentie. Car oui, la Californie produit du vin et donc cultive de la vigne qui reste toutefois en concurrence importante avec d’autres productions agricoles plus faciles et plus rentables comme celle des amandes, par exemple.

A moins d’une vendange exceptionnelle en 2012, la loi de l’offre et de la demande aura du mal à s’équilibrer dans ces conditions pour pouvoir répondre à une demande de vin qui reste grandissante des consommateurs finaux. 
D'autres pays connaissant, à l'inverse, des difficultés à écouler leur production, comme c'est le cas en France, n'auraient-ils pas une carte à jouer sur ce marché ?

vendredi 2 mars 2012

Un avenir prometteur pour les vins américains à l'export


Au travers des récentes données publiées par le Wine Institute nous pouvons constater la nouvelle performance des vins américains sur les marchés exports.

Source : Wine Institute
L’année 2011 a ainsi vu leurs exportations, dont 90% proviennent de Californie, atteindre un nouveau record : près de 1,4 milliards de dollars, en augmentation de 21,7% par rapport à l’année passée, pour un volume équivalent à 607 200 000 bouteilles, en augmentation de 5,8% par rapport à 2010.


Source : Wine Institute
Parmi les principales destinations de ces exportations, nous retrouvons dans le peloton de tête l’Union Européenne, le Canada, Hong-Kong, le Japon et la Chine, qui en concentrent l’essentiel.

Les vins américains, au travers de la Californie, semblent ainsi avoir acquis une nouvelle place sur la scène internationale et sur des marchés où jusqu’ici les pays traditionnellement producteurs étaient en position de force. 
Nous avons ainsi pu voir que la Californie est partie à la conquête des marchés asiatiques et de la Chine, en particulier. Un autre exemple récent est celui de la Corée du Sud où ils sont en passe de détrôner les vins d’Italie. 


Les raisons de ce succès ?

Logo - Wine Institute

Soutenus par une campagne promotionnelle forte, ils doivent certainement cette expansion à l’abaissement des barrières à l’entrée de certains marchés comme l’Asie. 

Toutefois, si l’on regarde plus loin on s’aperçoit que les forces qu’ils déploient à l’étranger sont comparables à celle utilisées sur leur propre territoire.


En effet, comme nous avons pu le constater, la montée en puissance des américains sur le marché mondial du vin a été rapide et continue son expansion à un rythme soutenu. 

Aujourd’hui, l’industrie du vin aux Etats-Unis et en Californie, en particulier, a du poids, avec trois entreprises concentrant plus de la moitié des ventes de vins. 

De même, la consommation et la culture pour le vin y sont ici relativement naissantes. Par conséquent, c’est par la production de vins de qualité, accessibles (tant en goût qu’en prix), avec un nom de marque et un packaging accrocheurs mais aussi des outils de communication adaptés que ces groupes et domaines parviennent à atteindre une large tranche de la population, des jeunes notamment, auprès desquels leur attention est constante. 

Le fruit de ces efforts : une consommation en évolution constante depuis 1990 et qui ne semble pas prête de s’essouffler.


Avec l’objectif d’atteindre les 2 milliards de dollars de revenus à l’exportation d’ici à 2020, il ne fait aucun doute que les efforts de ce concurrent sérieux seront continus et que ces vins dits du « Nouveau Monde » ont encore un bel avenir devant eux !

jeudi 16 février 2012

Une industrie du vin qui a du poids !

WBM, February 2012

Comme chaque année, la parution du WBM 30, du Wine Business Monthly, revue mensuelle américaine professionnelle du vin de grande audience, est attendue avec impatience. 
Après l’avoir moi-même parcourue, je reste fascinée par cette industrie du vin outre-Atlantique, par le poids de ses domaines et la force de ses groupes.

WBM, February 2012
Comme nous l’avions déjà évoqué, il existe des exploitations viticoles dans chacun des Etats américains dont le nombre s'élevait à 7 116 au 1er novembre 2011, 331 de plus qu’en 2010. Toutefois, ce sont bien ceux de Washington, d’Oregon, de New-York et loin devant de Californie qui en concentrent l’essentiel. Cet Etat, qui représente 90% de la production de vins aux Etats-Unis, comptabilise désormais 3 458 domaines, soit près de 49% des domaines présents sur le territoire, en progression de près de 5% par rapport à l’an passé.

Comme quoi, même en ces temps difficiles, de rigueur économique, le vin semble être épargné et continue à susciter des vocations !

Cela est d’autant plus vrai si l'on regarde, à présent, les principales entreprises qui dominent le marché. 

WBM, February 2012
Ainsi, les 30 premières entreprises, de cette industrie fortement concentrée, représentent près de 90% du volume de vins vendus chaque année aux Etats-Unis. 
Sans grande surprise nous retrouvons le peloton de tête E&J Gallo Winery, The Wine Group et Constellation Wines qui à elles trois concentrent plus de la moitié des ventes de vins sur ce marché.


Fou de réaliser que le vin aux Etats-Unis provient, essentiellement, d'un Etat, la Californie, qui, pris seul, se positionne au quatrième rang de la production mondiale ; de 30 entreprises et majoritairement de trois gros calibres !


Comme nous pouvons l’apprécier au quotidien, tous ces acteurs ont su et continuent de s’adapter à la diversité des goûts et aux différents comportements de consommation. Ils sont ainsi loin d'avoir fini de nous surprendre...

jeudi 19 janvier 2012

La Californie part à la conquête de la Chine...


Alors que le nouvel an chinois approche et sera célébré à partir du 23 janvier prochain, que Vinexpo Asia-Pacific, salon international du vin et des spiritueux pour l’Asie-Pacifique se tiendra à Hong-Kong les  29,30 et 31 mai prochains, il n’est pas surprenant de voir se multiplier des articles sur le vin en Chine, ses consommateurs et les perspectives d’évolution de ce marché, encore loin d’être arrivé à maturité.



En effet, selon les dernières données d’une étude réalisée à la demande de Vinexpo par International Wine & Spirit Research, la consommation mondiale de vin en 2010 a atteint l’équivalent de plus de 31 milliards de bouteilles, soit une croissance de 4,5% par rapport à 2006. Selon ces mêmes prévisions, elle devrait poursuivre sur cette lancée à un taux de croissance de 6,17%, soit plus de 2 milliards de bouteilles consommées, à la fin de l'année 2015.

Bien sûr, les Etats-Unis continueront à mener le marché mais la Chine sera également à regarder de très près. Ce pays est en effet, pour beaucoup, comparé aux premiers, 30 ans en arrière. Il ne s’agit en effet pas d’un pays où consommer du vin fait partie de la culture. Il y est davantage considéré comme un produit de luxe et dont l’usage est encore d’être offert.

Mais la tendance semble changer et c’est ainsi qu’en seulement un an, entre 2009 et 2010, la consommation de vin, toutes catégories confondues, a progressé en Chine, Hong-Kong compris, de plus de 33%. Les chinois ont ainsi consommé l’équivalent de 1,9 milliards de bouteilles en 2011 se positionnant désormais au cinquième rang mondial en terme de consommation devant la Grande-Bretagne. Les prévisions sont encore plus prometteuses puisqu’elles annoncent une croissance de celle-ci de 54,25% à l'horizon 2015.

De quoi laisser certains rêveurs quand d'autres ont choisi de répondre par l’action.

C’est en tous les cas ce dernier choix que la Californie a décidé de prendre sur ce marché. Elle a ainsi, l’an passé, multiplié les actions promotionnelles, comme l’envoi de 40 domaines par l’interprofession de Napa Valley en janvier ou encore l'organisation d'une dégustation virtuelle en juillet par le Wine Institute of California, porte-parole des vins de Californie.

Wine Institute of California
Dégustation Virtuelle - San Francisco/Shanghai - 7 juillet 2011

De même, pour profiter pleinement de ce marché en plein essor, le California Vintage, chaîne de bars à vins, a vu le jour. Vingt-deux domaines de Californie y sont ainsi représentés, proposant plus de 90 vins au verre avec le souhait de faire accroître la demande de vins de cette région, en plein cœur de Hong-Kong, en y éduquant le consommateur, comme cela se fait encore aux Etats-Unis.



On connaissait l'affection des consommateurs chinois pour les vins rouges, originaires de France, de Bourgogne et de Bordeaux, en particulier. Compte tenu de la folie des prix qui continuent d'être pratiqués sur certains crus, il est à prévoir qu’ils continueront à se porter d’affection pour les vins de Californie.

2012 sera pour la Chine celle du Dragon, dont les traits dominants sont la puissance et l’agressivité. Cela nous laisse donc présager une année riche pour les vins de caractère !

jeudi 22 septembre 2011

Des personnalités : force de l'industrie du vin outre-Atlantique

Au-delà des grandes périodes qui ont marquées son histoire, l’industrie du vin aux Etats-Unis et en Californie, en particulier, est aussi et surtout fortement liée à de nombreuses personnalités, qui très tôt ont reconnu son potentiel à devenir un acteur incontournable sur la scène internationale.

La démocratisation du vin par E & J Gallo Winery


Dès la fin de la période de prohibition (1920-1933), les frères Ernest et Julio Gallo s’établissent à Modesto, dans la vallée centrale de Californie, avec comme rêve : « une bouteille de Gallo sur chaque table ». Cette entreprise, au départ relativement modeste et dont la production de vins était, à l’époque, loin d’avoir une réputation de qualité, est devenue aujourd’hui un véritable empire. Numéro un mondial, sa philosophie est d'avoir : « un portefeuille de vins dans chaque catégorie de prix, de cépages, de styles, pour toucher la clientèle la plus large ». 
C’est aussi une des rares sociétés privées à investir autant dans la recherche, en s’intéressant particulièrement à l’analyse sensorielle et donc aux consommateurs, afin de développer des vins correspondant à leurs goûts et déceler les nouvelles tendances. 
A cette force s’ajoute la volonté de rester indépendant. Le géant est ainsi encore contrôlé à 100% par la famille dont la troisième génération, représentée par Gina Gallo, incarne le renouveau en matière de qualité des vins mais aussi la continuité du savoir-faire familial. 

Gallo résonne encore pour beaucoup avec vins bas de gamme alors que nombreux sont ceux qui apprécient des vins des marques du groupe sans même imaginer qu’ils en sont à l’origine…


Le concept des vins de cépages par Frank Shoonmaker

Critique et négociant américain, Frank Shoonmaker, joua un rôle aussi déterminant en introduisant et en encourageant, dans les années 1950, le concept de vins de cépages en Californie, alternative à la dénomination par l’origine géographique, préférée sur le continent européen. Les vins sont ainsi identifiés par le nom du ou des cépages dont ils sont issus et offrent aux consommateurs transparence mais aussi et surtout facilite leur choix. Ce concept, révolutionnaire à l’époque, a été repris dans d’autres pays du « Nouveau Monde » et fait aussi des envieux au sein même des pays traditionnellement producteurs. Ainsi, en 2009, la France a introduit la dénomination « Vin de France » afin de simplifier son offre en donnant la priorité aux marques, à la mention du ou des cépages tout en revendiquant l’origine France.


Le tourisme viticole et l’éducation du grand public au vin par Robert Mondavi

Au cours de l’année 1966, c’est un autre grand nom qui sort de l’ombre : Robert Mondavi. En désaccord avec sa vision, ses ambitions et ses méthodes avant-gardistes, son frère, Peter, l’exclut de l’entreprise familiale Charles Krug. C’est à ce moment qu’il décide de se lancer seul et de s’installer à Oakville, au cœur du vignoble de Napa, où il fit construire son domaine, à l’architecture inspirée des missions espagnoles, avec des chais à la pointe de la technologie. 

Il marqua ainsi l’histoire de la Californie en étant le premier à proposer des visites-dégustations ouvertes au public, des concerts et expositions d’artistes au domaine. Il introduit ainsi le concept d’oenotourisme, grande force du vignoble de Napa, aujourd’hui seconde destination touristique de Californie, après Disneyland !

En quête d’excellence, il effectua de nombreuses recherches aussi bien en viticulture qu’en œnologie et étudia, notamment, les effets liés à l’origine et à la chauffe des fûts sur le vieillissement des vins. 
Inventif, il fut à l’origine de l’introduction d’un nouveau vin sur le marché américain, le Fumé Blanc, résultat de l’élevage en fût d’un vin de Sauvignon Blanc, dans le but d’en adoucir les arômes qui peuvent être parfois agressifs. Celui-ci devint rapidement très populaire à tel point que cette dénomination est aujourd’hui un synonyme légalement approuvé pour cette variété.

Il développa également le mécénat avec la création du Robert Mondavi Institute for Wine and Food Science au sein de l’Université de Californie de Davis. Celui-ci consiste en un complexe universitaire de pointe comprenant trois bâtiments dont une winery certifiée  Platine LEED (Leadership in Energy and Environmental Design). Il s’agit de la première installation de ce type dans le monde.


Ce complexe a permis, notamment, de rassembler les départements de Science et Technologie Alimentaire et de Viticulture et Œnologie.

Il réalisa aussi de nombreux partenariats, dont celui avec le Baron Philippe de Rothschild, qui aboutit à la création de la joint venture Opus One en 1979, trois ans après  le Jugement de Paris qui révéla au monde que la Californie était aussi capable de produire de grands vins, au même titre que les pays traditionnellement producteurs. Cette grande dégustation a ainsi encouragé l’arrivée de nombreux européens, venus d’Allemagne, d’Italie ou  encore de France, qui ont vu dans cet Etat une terre de prédilection.

La Californie a certainement perdu un de ses grands Monsieur, décédé en 2008 à l’âge de 94 ans, mais qui malgré son rachat en 2005 par le groupe Constellation, n’oubliera jamais le nom. Il est inscrit depuis 2007 au Vintners Hall of Fame du Culinary Institute of America à St Helena ainsi qu’au California Hall of Fame du Musée de Californie de Sacramento.


Des créateurs de phénomènes

La force du marché américain réside également dans sa faculté à créer des phénomènes.

Parmi ceux qui ont marqué son histoire nous pouvons citer les frères John et Mario Trinchero qui en 1948 arrivent en vallée de Napa et rachètent le domaine Sutter Home. Plus de vingt-ans plus tard, suite à un arrêt accidentel de fermentation, ils deviennent les premiers à populariser les vins rosés sucrés produits à partir du cépage Zinfandel.

C’est la même histoire que connu Jess Jackson avec le cépage Chardonnay dans les années 1980 dont le sucré, les arômes toastés, vanillés et le crémeux, ont conquis le palais de nombreux consommateurs et fait des envieux auprès de producteurs qui se mirent à l’imiter.

Blackjack Ranch - Mai 2011


Plus récemment, le film Sideways, produit par Alexander Payne, sorti en 2004, fit chuter les ventes des vins de Merlot au bénéfice du Pinot Noir, cépage adulé par le premier rôle de ce long métrage très populaire, tourné dans le Comté de Santa Barbara, en Central Coast.



Aujourd’hui, les vins de Californie ont évolué vers des versions sec pour le rosé, tout comme pour le Chardonnay et d'autres vins de cépages qui délaissent le boisé à outrance. 
D’autres tendances sont nées depuis et presque paradoxalement vers d’autres cépages dont on apprécie la douceur comme le Moscato qui connaît  un tel succès que l’offre rencontre des difficultés à assouvir cette insatiable demande.

Le vin semble ici comparable à un phénomène de mode où on peut se demander quelle sera la prochaine variété en vogue.


Un guide : Robert Parker                                            

A un autre niveau, mais c’est également d’un phénomène dont il est question, le critique Robert Parker, que nous avons déjà abordé à plusieurs reprises, a su en quelques années s’imposer comme LE juge et LE guide pour des consommateurs en mal de repères. Le vin : une affaire de goûts ou de critiques, c’est bien là une question essentielle à l’heure où certains domaines ne souhaitent plus courir après les bonnes notes et laisser toute la liberté aux consommateurs d’avoir le dernier mot.


La nouvelle génération : Gary Vaynerchuk

Ce nom, très populaire outre-Atlantique, a révolutionné en quelques années seulement le monde du vin en le rendant accessible au travers des réseaux sociaux et des nouvelles technologies. Il se positionne en deuxième position des critiques de vin les plus influents aux Etats-Unis, créateur de winelibrary.com et Wine Library TV, ses chroniques ont fait le tour du monde.



Introduite par des personnalités charismatiques et visionnaires, la culture du vin aux Etats-Unis n’en est qu’à ses prémices. Après avoir observé et convoité les traditions des pays historiquement producteurs, on se met à faire de même et à envier leurs innovations et leur réactivité. Ils ont en effet prouvé qu’ils savent produire et vendre leurs vins, à base de cépages internationaux qu’ils ont su s’approprier. Ils commencent également à prendre conscience que la notion de terroir peut aussi s’appliquer au sein de leurs propres régions de production. Plutôt que de parler de rivalité « Nouveau »/« Vieux » monde, peut être serait-il plus constructif de parler de complémentarité ? 

Aujourd’hui, la jeune génération se met en place. Tout aussi entreprenante et passionnée, elle promet de continuer à révéler des talents !

mardi 30 août 2011

La "Score Revolution" est en marche...

Les systèmes de notation et celui sur 100 points, rendu populaire par le célèbre mais aussi très controversé critique Robert Parker, rythment le monde du vin depuis de nombreuses années maintenant (Le vin : affaire de goûts ou de critiques).

On leur reconnaît d’être un bon outil d’éducation, accessible à tous, ils rassurent et guident certains dans leurs achats tout en faisant une certaine promotion de la filière vin. A l’inverse, tout le monde peut aujourd’hui s’autoproclamer « critique », aucune barrière à l’entrée n’en limite l’accès. Leur influence peut être considérable et affecter la perception que les consommateurs peuvent avoir d’un vin et en limiter la découverte. De même la corruption n’est certainement pas à négliger dans ce milieu où une excellente note peut rapporter gros !

Mais en fin de compte qui peut dicter à notre palais ce qui est bon, excellent ou parfait ? 


C’est pour contrebalancer ce système et relancer le débat que s’est récemment créé le mouvement nommé  "Score Revolution".
Ce groupe de passionnés, soutenu par le domaine Hedges Family Estate, dans l’Etat de Washington, souhaite voir le poids de ces systèmes de notation, et des 100 points en particulier, diminuer et ainsi redonner toute la place aux commentaires de dégustation et au bouche à oreille, afin de ne plus limiter les consommateurs dans la découverte de nombreux vins. 
On apprécie en effet un vin par les sensations, l’émotion, le plaisir mais aussi les échanges et le partage qu’il suscite avec les autres. 

Résumer tout cela à une simple note, paraît donc quelque peu simpliste, ne croyez-vous pas ?

Derrière le nom d’un domaine, au-delà de son palmarès, un vin provient d’un vignoble particulier. Il est le fruit du travail de vignerons qui s’attachent tout au long de l’année à faire s’exprimer le terroir, d’œnologues qui en valorisent toute la richesse et le caractère, pour qu’ensuite le consommateur final en apprécie toute la complexité !

Alors si tout comme moi et beaucoup d'autres passionnés, vous pensez qu'un vin n'a pas besoin de notes pour prouver son potentiel, n’attendez pas une minute de plus et prenez part à cette "Révolution" qui est en marche ! Pour signer le manifeste cliquez ici

mercredi 17 août 2011

Crushpad, WinePod : s'improviser professionnel du vin devient possible...

Comme nous avons déjà pu le constater, l’industrie vitivinicole californienne est une industrie très réglementée et complexe, au sein de laquelle les acteurs doivent se conformer à une importante combinaison de réglementations fédérales, étatiques et locales. Ces différents niveaux de réglementation engendrent d’importants coûts, autant de barrières à l’entrée, qui ont conduit au développement et à la généralisation de différents modèles d’entreprises, comme alternatives à la propriété viticole traditionnelle.

Wine Business.com
Selon les derniers chiffres publiés par The Alcohol and Tobacco Tax and Trade Bureau (TTB), on compte en 2010 aux Etats-Unis, 6 785 domaines viticoles. La Californie, qui en compte 3 306, en concentre plus de 48%, dont près d’un-quart sont dits « virtuels ». Différents opérateurs sont rassemblés sous cette dénomination dont des hommes et des femmes, amateurs et passionnés par le vin, professionnels du secteur ou non, rêvant de pouvoir réaliser leur propre cuvée et y apposer leur nom de marque. 


Aujourd’hui ce rêve est devenu réalité, et c’est en Californie que tout a commencé.


Crushpad : créer son propre vin haut de gamme, du raisin à la bouteille

Créée en 2004 à San Francisco, Crushpad, cohabite depuis peu aux côtés du Domaine Sebastiani en Sonoma, propriété de Foley Family Wines, dont le gérent Bill Foley en est un des principaux actionnaires. Sa mission, démocratiser l’univers du vin, depuis la sélection du vignoble, jusqu’au design de la bouteille et à la vente.

Le principe : définir avec les équipes de Crushpad le type de vin souhaité, le cahier des charges de la cuvée (choix du vignoble et programme de vinification) ainsi que la personnalisation de la bouteille (nom, design de l’étiquette, type de bouteille et autres aspects du conditionnement). Une fois ces grandes lignes définies, c’est à vous de déterminer votre degré d’implication : 
  • participer activement : depuis la vendange, en passant par les différentes étapes de vinification, d’élevage, d’assemblage, jusqu’à la mise en bouteille
  • suivre à distance votre cuvée via le site Internet Crushnet : panneau de contrôle en ligne répertoriant toutes les étapes clés et analyses de votre cuvée, datées et commentées, permettant de gérer son élaboration en temps réel, de partager votre vin avec vos amis et d’acquérir des connaissances dans le domaine de l’élaboration des vins, via des vidéos notamment. 

Crushpad Commerce
Le coût de la création de cette micro-cuvée personnalisée dépend bien sûr des vignobles et de l’assemblage choisis. La plupart des vins se positionnent entre $6 000 et $10 500 les 300 bouteilles (soit $20 à $35 l’unité). L’entreprise a ainsi aidé plus de 5000 clients à la création de leur propre cuvée ainsi qu’au lancement de plus de 200 marques de vins qui via Crushpad Commerce et depuis peu Crushpad Syndicate, ont pu profiter des services de distribution et de vente. 
Après la Californie, la société s’est lancée en 2008 dans la région de St-Emilion à Bordeaux et regarde de très près les marchés asiatiques. 


Elle poursuit son développement en Californie et ouvrira d’ici à la fin de cette année un espace visiteurs et bar à vin en Sonoma, pour réveiller un peu plus le néo-vigneron qui sommeille en chacun de nous !


WinePod : tout en un pour créer son propre vin chez soi

A une toute autre échelle, faire son propre vin est également accessible grâce au WinePod. Développé par la société Provina, entreprise de Californie, basée à San José, le WinePod a été lancé en 2008. Simple d’utilisation, sa technologie permet de créer son propre vin chez soi. 

Le principe : après avoir commandé et réceptionné votre raisin et une fois le WinePod connecté à votre ordinateur, le logiciel « Winecoach Software » vous guide durant toutes les étapes de votre création. Pour ce qui est de l’élevage à la mise en bouteille, tout le matériel et les accessoires nécessaires sont disponibles en kit sur leur site en ligne. D'une capacité de production d'environ 48 bouteilles et moyennant un investissement de départ de $1 999, pouvant aller jusqu’à $8 999, faire du vin comme un professionnel chez soi devient possible.

WinePod

De mon point de vue, le concept Crushpad est intéressant, car il permet l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché et démocratise davantage l’industrie du vin, en la rendant accessible à tous. Il est aussi important de noter que ce concept est loin d'être nouveau. De nombreux domaines indépendants offrent des services comparables et ils sont aussi nombreux, sans même que nous le sachions, à s'être lancés dans l'industrie du vin par ce biais.
Le concept du WinePod, reste, de mon point de vue, plutôt ludique et anecdotique.


Dans tous les cas, même si ces solutions donnent l’impression d’être un professionnel du vin, elles ne remplaceront jamais le travail et le suivi d’un viticulteur à la vigne ni d’un œnologue au chai, dans le contrôle et la maîtrise de toutes les étapes d’élaboration d’un vin. 
De même, parmi les marques qui ont vu le jour grâce à Crushpad, certaines auront permis à des professionnels de se lancer alors que d'autres resteront à jamais virtuelles et dont l'existence ne sera que sur la "toile", via leur site Internet ou de vente en ligne. 


Par conséquent, on peut se demander quelle valeur donner à cette virtualité, quelle en est la limite, n’est-ce pas  apporter un peu plus de confusion dans l’esprit des consommateurs et banaliser le produit vin ?
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